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Tariq Ramadan, dans les coulisses du procès suisse à Genève

  • Photo du rédacteur: Alexandre David
    Alexandre David
  • 11 mai 2023
  • 6 min de lecture


Le 15 mai 2023, Tariq Ramadan, intellectuel suisse controversé et professeur émérite d'études islamiques, comparait devant un tribunal de Genève pour répondre à des accusations de viol et de contrainte sexuelle qui se seraient passées en 2008.


Les accusations ont été portées par une femme de nationalité suisse, en 2018, qui a affirmé que Tariq Ramadan l'avait agressée sexuellement à plusieurs reprises dans un hôtel de Genève. Tariq Ramadan a nié les accusations et a maintenu son innocence tout au long de l'enquête. Si l’instruction n’a pu amener aucune preuve factuelle, de nombreuses zones d’ombres pourront enfin être explorées lors du procès.


Comment va se dérouler le procès


Le procès, qui devrait durer environ deux jours, se déroulera devant un tribunal suisse composé de trois juges. Le procès de Ramadan suscite une grande attention médiatique et un débat public intense en raison de son statut de personnalité publique mais suscite aussi des débats autour de l’instrumentalisation du dossier sur fond d’islamophobie et de la parole des femmes à l’ère de metoo . Cependant, il convient de souligner que les accusations portées contre Ramadan sont des questions graves et complexes qui nécessitent une enquête minutieuse et impartiale. Sans idéologie.


Dans un article de la revue française, Franc-Tireur, l’idéologie a déjà pris part au débat : « La personnalité de l’accusé n’est pas neutre. Est-ce à dire que, derrière l’affaire de mœurs, il y a aussi, en creux, celle de l’islamisme – ou du moins de la tartufferie de l’accusé ? » pose comme question l’idéologiste français Mickael Prazan. Ce à quoi répond l’avocat de la plaignante suisse : « C’est le procès d’une nuit, pas d’une vie. Il serait facile de dénoncer l’imposture, de mettre en regard les valeurs qu’il a prétendu incarner et le comportement que les enquêtes ont révélés. Mais je me fais un devoir d’évacuer toute considération morale ou idéologique pour m’en tenir aux seuls faits. C’est une discipline que je m’impose, tout en sachant que j’incarne ce qu’il a toujours combattu idéologiquement.”



En toile de fond, l’idéologie semble être déjà présente et le plus grand danger de ce procès est d’emmener en Suisse ce qui est déjà bien installé en France, l’instrumentalisation d’une instruction par idéologie extrémiste.  



Qui est la plaignante qui fera face à Tariq Ramadan ce lundi



La plaignante suisse aurait été violée en 2008, la plainte déposée en 2018. La cinquantenaire, à la suite du viol dont elle l’accuse, aurait envoyé des messages affectifs dès le petit matin de cette nuit-là et, au fur à mesure des échanges, des menaces: « A force de se faire traiter d’étranger, on finit par le devenir… A force d’être pris pour quelqu’un de malhonnête, on le devient… Tu es un homme merveilleux qui mérite et peut engendrer un amour totalement pur et désintéressé (…) tes doutes engendrent les miens et…à force de vouloir prévenir une hypothétique tempête, on prend le risque de déclencher un vent fort. » dit elle pas exemple un mois plus tard en novembre.



Le journal Le Temps  parle de 87 échanges envoyés par Brigitte avant et après l’unique rencontre.  « Dans ceux qui précèdent la rencontre » explique le journal, « elle dit l’aimer comme un homme et décrit sa tempête intérieure. Lors de l’instruction, elle explique qu’il s’agit d’une séduction «abstraite et virtuelle»: J’avais des sentiments, mais pas de désir sexuel.


Le lendemain des faits, elle écrit: «Je suis en train de paniquer… et je rêve de t’embrasser… et je rêve que tu aies confiance en moi.» Et plus tard: «Je ne suis pas des personnes qui se sentent flouées par toi et j’apprends à aimer ton côté plus sombre que tout homme porte en lui», ou encore «je suis passée d’amoureuse épanouie à une amoureuse tourmentée et rongée de remords (…) Prenons le temps d’un café... Un vrai… un chaud et bien sucré, je te raconterai l’histoire de cette femme devenue folle de ne pas avoir su t’apaiser


La plainte, annoncée en premier lieu sur les réseaux par une des plaignantes françaises un jour avant son dépôt, diffère du récit des plaignantes françaises et ne fait pas état d’emprise. Pour autant, son récit n’a pas été confirmé par des éléments factuels et a même été infirmé par certains témoins du dossier notamment par le récit du réceptionniste toujours en fonction dans l’hôtel où aurait eu lieu le viol.



D’autre part, de nombreuses contradictions dans le récit ne peuvent être expliquées par des questions d’ordre psychologique comme l’explicite un expert psychiatre du dossier : en effet on ne peut imputer les contradictions à un état dissociatif, ou à un état post-traumatique une reconstruction qui expliquerait les mensonges. 


Ces propres témoins seront entendus et pour certains leurs déclarations sont à l’inverse de celles de la plaignante Suisse. Nos confrères du Temps dévoilent dans leurs enquêtes que « Si les faits – qui remontent à bientôt quinze ans – se sont déroulés à huis clos, le dossier contient aussi plusieurs témoignages qui disent des choses assez différentes. Une journaliste de la place a vu Brigitte juste après les événements, ne l’a pas entendue parler de viol et a plutôt compris qu’elle avait été malmenée. A un ami sénégalais, elle aurait raconté en ces termes la relation sexuelle: «C’est moi qui voulais, j’étais fan de lui.”



Il y a aussi le blog officiel de Brigitte qui a été versé au dossier. Il couvre la période de 2008 à 2010. Elle y parle de Tariq Ramadan et de relations extra conjugale mais aussi de « son intelligence » ou qu’elle l’épouserait bien, écrit -elle en 2010 : « A l'heure où une loi sur les minarets est passé comme une lettre à la poste, où les politiciens gesticulent dans leur complet-cravate pour une loi sur le voile …Je découvre avec stupeur qu'une fois de plus, je partage les idées du TRès ...je crois que je vais le demander en mariage ». 

Dans un de ses postes elle explique qu’il y aurait des maitresses et des ponctuelles qui se retrouve pour échanger sur TR « Comment se fait-il qu’une femme qui a eu une liaison avec cet homme pendant des années et des « femmes d’un soir » se retrouvent au même endroit et pratiquement au même point ? (…) Tu dois reconnaitre que peu de femmes auraient hurlé au loup si le Très haut n’avait eu qu’une relation extra-conjugale, si ladite relation avait été basée sur le respect et l’honnêteté. Peu d’entre elles n’auraient trouvé à redire. Là où il y a imposture c’est que le Très haut a menti et que par la suite il s’est comporté comme un morveux pris la main dans le sac. Disparues la prestance, le charisme et les hautes idées. Restait un homme peu sûr de lui, désagréable et plutôt maladroit».



De nombreuses interrogations et incohérences demeurent donc. L’avocat de la suissesse quant à lui affirme : « #Metoo a été un déclencheur. Mais la preuve dans ce genre d’affaires, surtout quinze ans après, est toujours un défi. Avec mon confrère suisse Robert Assaël, nous plaiderons contre une équipe d’excellents avocats, qui savent que la vérité judiciaire n’est pas toujours la vérité. » déclare-t-il dans la revue "Franc-Tireur".




Une violence idéologique rode autour du dossier


La plaignante suisse qui fera face à Tariq Ramadan ce lundi est proche de l’activiste identitaire, Yann Le Mercier, actuellement sous contrôle judiciaire pour avoir harcelé et fait pression sur un témoin dans l’affaire Tariq Ramadan en France. Cet homme, connu pour avoir déjà fais un appel au meurtre des musulmans sur le réseau social twitter, a également fais des menaces de mort contre l’intellectuel suisse. « La violence rode autour d’un dossier à forte teneur idéologique ce qui ne dit rien en termes d’accusation mais beaucoup du côté de l’ambiance d’un dossier intoxiqué par l’idéologie d’extrême droite radicale. » exprime une source proche du dossier.



 « Son garde du corps » et « un proche », c’est ce que l’homme aurait déclaré être pour Brigitte, la plaignante suisse, toute en acceptant la paternité de nombreuses menaces de mort et de pression exercées sur un témoin du dossier français Tariq Ramadan. 


Yann Le Mercier, à l’origine d’une tentative d’escroquerie avec chantage contre Tariq Ramadan en 2019, déclare l’avoir fait avec l’accord et la collaboration d’une des plaignantes française, « Marie ». Une femme déjà condamnée pour escroquerie et impliquée dans le procès du Carlton. Cet homme qui semble roder autour du dossier est passé récemment devant le juge de l’Application des libertés et des peines en France et risque l’incarcération. « Qui le manipule ? » exprime une source proche du dossier. Les victimes de cet homme attendent son procès qui aura lieu en juin 2023. Un procès en marge de celui de l’intellectuel suisse, qui amène son lot de questions mais aussi une ombre : celle des mouvements néo-nazis si présents actuellement en France.


En résumé, le procès de Tariq Ramadan qui commence ce lundi à Genève est un événement important qui met en lumière les questions de violences sexuelles et le risque d’instrumentalisation idéologique de la justice. Les audiences permettront de faire la lumière sur les allégations portées contre T. Ramadan, tout en garantissant le respect des droits de toutes les parties impliquées.

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